OPERATION CHATEL sur MOSELLE – 15 septembre 1944

 

Elle débute le 14 dans l’après-midi par une approche vers la Moselle. Le détachement dont ma section fait partie est composé de deux pelotons de reconnaissance du 1er Spahis, deux sections de chars Sherman, une section de chars légers, une section du Génie et la 9ème Compagnie du R.M.T. commandée par le Capitaine DRONNE. L’ensemble est sous les ordres du Capitaine LUCIEN du 1er R.M.S.M. (Spahis).

 

Ma section est réduite à 3 chars du fait que le mien, le ‘’HARTMANNSWILLERKOPF’’ est à l’atelier divisionnaire pour changement de la tourelle et du canon ; le DIXMUDE y est aussi, pour réparation de ses réservoirs endommagés par le coup de bazooka de REMONCOURT.

 

Le 15 septembre , les automitrailleuses des spahis reconnaissent le gué praticable. Le pont entre NOMEXY et CHATEL avait été détruit par les Allemands quelques jours auparavant. Nous franchisson le gué sans encombre, la Moselle est basse et CHATEL n’est pas occupée. J’ai pour mission de couvrir la sortie Est en direction de MORIVILLE. La tête de pont s’installe et consolide ses positions. Tout est calme.

 

Le 16, en fin d’après midi, l’attaque allemande se déclenche. Nous ne voyons rien, mais entendons notre artillerie qui pilonne les chars ennemis venant de franchir une crête et qui descendent vers CHATEL. Quelques chars sont détruits par l’artillerie, d’autres s’approchent, nous entendons le bruit des moteurs sans les voir. Ils progressent dans un secteur assez boisé. Tout de suite, un des chars de l’autre section est incendié, le chef de char tué ; il a été tiré de loin par un Panther dont le canon surclasse nettement les nôtres. Les mitrailleuses allemandes tirent sans arrêt dans notre direction, sans dommage pour nous.

 

Un jeune, engagé à PARIS dans le petit Groupe Franc intégré à la Compagnie, est blessé à 200 m de nos lignes. Il semble gravement atteint, il est hors de vue de ses camarades de patrouille. Commandant ma section à pied, j’ai pu observer l’évolution de la patrouille et, tout de suite, je me précipite dans la zone battue par l’infanterie allemande. J’arrive à ses côtés, il est inanimé. J’éprouve quelques difficultés à le hisser sur mon dos, j’y parviens et le ramène dans nos lignes sous une pluie de balles sans être touché. I lest pris en charge part les infirmiers, mais hélas, il mourra quelques instants plus tard, malgré les soins qui lui sont prodigués.

 

Après cet incident, je remonte à pied rejoindre le ‘’GRAND COURONNE’’ devenu mon char de commandement en raison de l’émetteur radio dont il est équipé. Mes affaires, les cartes et autres documents se trouvent dans une traction avant Citroën, récupérée après REMONCOURT et qui a traversé la Moselle remorquée par un de nos char.

 

A la tombée de la nuit, l’attaque se précise. Les chars allemands se remettent en marche. A quelques centaine de mètre devant nous, une grosse ferme est en flamme, mais nous ne voyons rien.

 

Etant en écoute radio sur le ‘’GRAND COURONNE’’, je me trouve soudainement sur la fréquence radio des boches. J’entends des ordres, beaucoup de contre-ordres. J’ai l’impression qu’il règne chez eux une grande pagaille. Nous sommes très surpris, Car jamais les chars ne sont utilisés la nuit.

 

Branchant le poste émetteur sur la même fréquence, je leur dis en allemand qu’une grande attaque, menée par des chars américains, va se déclencher et qu’il faut faire demi-tour !

 

Quelques instants après, je réussis à faire passer l’un des chars Panther entre notre position et la ferme en feu. Il se présent en ombre chinoise, et le Sergent FOURNIER fait ouvrir le feu sur lui. Une dizaine d’obus perforants sont tirés. Trois ricochent sur le blindage du Panther. Heureusement, le dernier obus passe sous la tourelle et pénètre dans le char, qui explose immédiatement et brûle entièrement. Peu après, un deuxième char se présent, deux coups de canons sont tirés, mais ils ricochent également, le char a le temps de sortir de la zone éclairée par l’incendie, pas de chance pour nous.

 

Dans le même temps, les fantassins allemands progressent rapidement vers nos positions avancées, tenues par la Compagnie DRONNE, appuyée par les automitrailleuses du Capitaine LUCIEN. Les pertes sont sérieuses des deux c^tés. Vers minuit, le combat cesse.

Les Allemands n’insistent pas, la défense de CHATEL a tenu.

 

A trois heure du matin, coup de théâtre, ordre de repli immédiat. Il faut évacuer CHATEL et repasser la Moselle. Nous n’y comprenons plus rien. C’est la première fois que la 2ème D.B. abandonne un terrain conquis. Explication : l’Etat-Major de l’U.S.A. a estimé que nous étions trop en pointe.

 

En pleine nuit, sans lumière, les véhicules à roue décrochent les premier. Les chars ensuite repassent la Moselle. Le dernier char resté en place est le ‘’GRAND COURONNE’’. Manque de chance, ses batteries sont à plat à cause de l’écoute radio trop prolongée sans mise en marche du moteur. En catastrophe, je fais remonter un de mes autres chars pour prendre le ‘’GRAND COURONNE’’ en remorque pour lui faire faire demi-tour et relancer son moteur. Tout cela à 50 m des Allemands, qui ne bougent pas, croyant sans doute à une arrivée de renforts. Ma citroën traction avant où j’avais mis mes affaires repasse la Moselle tirée par le ‘’GRAND COURONNE’’, qui est le dernier véhicule à quitter la t^te de pont.

 

La reprise de Chatel deux ou trois jours plus tard coûta beaucoup plus cher en hommes et en matériel.

 

Nous avons appris par la suite que l’opération menée de nuit par les chars Panther sur CHATEL avait été commandée personnellement par le Général Von Manteufel, grand spécialiste de l’arme blindée. Hélas pour lui, et tant mieux pour nous, son attaque a été un fiasco, démontrant que des chars, aussi puissant soient-ils, sont aveugles la nuit, en particulier dans un terrain accidenté, ce qui était le cas.

Général Von Manteufel

Tous mes remerciements 
Au capitaine Christen -Marcel , pour le prêt et l’exploitation de ses mémoires et documents extraits de sa collections personnelles.

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